Microsoft Train Simulator :
Premiers tests
par Guillaume Rosquin !

Train Simulator peut-il intéresser
un modéliste ferroviaire ?

Premières impressions

Le packaging est parfait, comme à l´habitude pour les produits de la marque. Trois détails surprennent cependant :
1. L´absence d´un mode d´emploi épais et détaillé. Seul un fascicule en noir et blanc de 16 pages décrit l´installation du jeu sur le PC et un triptyque en couleur décrit les types de signalisations rencontrées sur les 6 itinéraires fournis avec le jeu. On y lit que le manuel complet est fourni sous forme de fichier Acrobat (.pdf) et ne pourra donc se consulter qu´à l´écran ou devra être imprimé par le joueur lui-même. Au dos du triptyque figure le schéma de reprogrammation du clavier (touches de raccourcis) qui permettent de piloter les trains. À en voir la complexité et si ce jeu rencontre le succès attendu, on aura peut-être l´espoir de voir apparaître des manettes de jeu dédiées à la conduite des trains !
2. Deux CD-ROM sont fournis, ce qui laisse présumer un gros volume nécessaire en espace-disque. C´est effectivement le cas puisque le « noyau  » du logiciel pèse 407 Mo et que chacun des 6 scénarios fournis pèse entre 220 et 350 Mo. Il faut donc prévoir 2 Go pour tout installer (25 minutes !), sans compter le « poids additionnel  » des nouveaux scénarios que vous créerez ensuite avec l´Éditeur de route.
3. Le pilote DirectX qui est installé automatiquement est dans la version 8.0a alors que l´emballage cite la version 7.0a. Erreur d´impression ou changement de packaging de dernière minute ? Conformément au fichier « lisez-moi.doc », j´ai dû télécharger la dernière version du pilote de ma carte graphique 3D (Nvidia TNT2) pour résoudre des problèmes d´affichage mineurs (altération des textes affichés dans le jeu et absence des paletages aux P.N.).
Les premier « tours de roues » m´ont montré une qualité de détails graphiques assez moyenne. En étudiant les options de jeu on trouve une page-écran entière dédiée au paramétrage 3D (niveaux de détails, ombres, reflets, etc). Voulant retrouver sur mon écran la qualité « photo »  des illustration de l´emballage, j´ai tenté de choisir la qualité vidéo maximum. Las ! Très chouette c´est sûr mais injouable : plus aucune fluidité des mouvements, l´image qui se bloque sans cesse. Du coup j´ai dû réduire mes prétentions aux capacités de mon PC (Pentium 3 à 650 MHz, 64 Mo RAM, Windows 98) pourtant largement dimensionné d´après les conseils de Microsoft. Mais le résultat reste malgré tout très correct.

Simulateur de conduite

J´ai choisi de ne tester que les scénarios « la passe de Marias » (transport de fret dans le Montana) et « la ligne Settle-Carlisle » (service voyageurs avec une « Flying Scotsman ») car sans doute les thèmes les plus proches de mes goûts ferromodélistes.
On peut se demander si les 6 thèmes choisis ne sont pas représentatifs du marché mondial du modélisme ferroviaire — mais ça ne serait sûrement que délires et métaphores... ;¬)

Didacticiel

Suis-je non conforme à la majorité des clients visés par ce produit ou ne suis-je pas ? Avant de tenter de conduire des rames, j´ai voulu apprendre en premier comment conduire une locomotive !
Motivé par la complexité de la reprogrammation du clavier, j´ai — c´est rarissime — suivi le didacticiel.
Grand bien m´en a pris car non seulement il est d´une qualité exemplaire mais je ne vois pas comment j´aurais pu savoir autrement à quoi servaenit les manettes, volants et autres leviers d´une locomotive à vapeur !
Car c´est, je trouve, l´un des manques de ce logiciel, la documentation — dont la partie « papier » est réduite au minimum — pèche par sa simplicité et son manque de détails. Très accessible certes mais n´explique pas tout. Il faudra donc tâtonner et commettre quelques erreurs (non-respect d´un orange clignotant, rupture d´attelage, tamponnement, à 60 mph ! en bout de tiroir, etc). On a donc bien affaire à un jeu vidéo avec un aspect « découverte » , « exploration » qui est aux antipodes des vrais (pros) simulateurs de conduite ferroviaire tel celui utilisé par la S.N.C.F. pour former les conducteurs de T.G.V. (vraie cabine montée sur vérin hydrauliques). Beaucoup de commandes sont simplifiées ou prises en charge automatiquement et la loco conduite ne tombe jamais en panne !
Quant aux touche du clavier, j´ai trouvé à l´usage que l´emploi de la souris pour actionner les commandes était bien plus pratique. Cet aspect va se révéler problématique lors de la conduite d´une loco vapeur d´où on ne peut voir simultanément la voie et les manettes.

La passe de Marias

Suivons la progression habituelle des agents de conduite qui est de commencer leur carrière par le service fret.
Pas d´erreur, on est bien dans le Montana : U.M. de Dash9, 50 wagons variés, une troisième machine en renfort de pousse et vas-y, grimpe ! Il pleut, il neige, ça patine, ça luge. Heureusement le système de freinage est tip-top car, sinon, quelles frayeurs ! Tout ça à 30 mph (50 km/h), c´est bon, la carte vidéo 3D répond à merveille et les locos (Dash9 et GP38) se pilotent comme des vélos.
D´entrée de jeu, une chose est claire, le paysage est époustouflant de beauté ! On se prend au jeu des caméras en vue extérieure pour voir passer « son » train et faire des copies d´écran dont on aimerait tirer des cartes postales ! Seuls bémols dans cette joie, les opérations de triage sur voies de garage. D´abord il faut s´habituer à l´attelage automatique et à percuter les tampons à 5 km/h au minimum ! Je trouve qu´en Europe, avec les attelages à vis, on est tout de même plus délicats avec la marchandise. Ensuite les possibilités de « visions » sont mal adaptées :
1. Pas de vision vers l´arrière dans les locos diesel (bonjour les marches arrière en aveugle !) malgré les fenêtres de conduite dans les modèles réels.
2. Vision de l´attelage « vue du dessus » alors qu´on s´attendrait plutôt à une vision latérale type « atteleur » ; et que cette vision ne soit pas liée à la partie mobile de la rame mais plutôt à celle que l´on désire atteler (que l´on puisse voir approcher la loco depuis les wagons en attente).
3. Pas de plan de la gare de triage fourni avec les manoeuvres, seule une « vue d´oiseau » est disponible qui permet d´observer le plan des voies dans un rayon de 20 mètres. C´est carrément insuffisant et inadapté. L´astuce consiste à utiliser l´Éditeur de mode et d´imprimer le schéma qui y est affiché, mais l´opération n´est pas simple.
Un autre point gênant semble — à confirmer — l´impossibilité de triage « par gravité » (depuis une butte). En effet, seuls les aiguillages situés immédiatement en amont et en aval de la rame attelée peuvent être actionnés et un wagon, une fois dételé, freine automatiquement.

La ligne Settle-Carlisle

Avec quelques sentiments mitigés dus aux possibilités du service fret, je me suis lancé dans la verte campagne anglaise aux commande d´une superbe « Flying Scotsman » !
les impressions de conduite sont incroyables ! On se prend à revivre la Bête humaine dans la peau de Gabin ! Jouant sans cesse du régulateur et du volant d´inversion, guettant les sémaphores dans le brouillard, dotés de freins garnis de « peaux de banane » , fonçant à plus de 130 km/h sous un crachin aveuglant, c´est carrément génial ! Du jamais vu ! Et le ravitaillement en eau « en marche » à 50 mph avec une cuillère dans une rigole de puisage, le pied ultime !
Un aspect étonnant du logiciel est la possibilité d´assurer simultanément le rôle du mécanicien et du chauffeur. Peut-être est-ce possible lorsqu´on maîtrise parfaitement la conduite mais ça m´a semblé relever de l´utopie, tant le chauffeur a de travail et tant la surveillance de la voie réclame d´attention. On comprend tout de suite pourquoi les équipes de conduite vapeur étaient en binômes. Seules des manoeuvres en gare à vitesse lente peuvent être envisagées par un homme seul. Il est donc dommage de ne pouvoir jouer le chauffeur seul et l´I.A. (intelligence artificielle) du « chauffeur automatique » laisse carrément à désirer : on se prend à l´engueuler quand il remet de l´eau froide dans la chaudière en pleine côte, faisant lamentablement chuter la pression !
Tous les scénarios sont fournis avec un chapitre « Exploration libre ». Si dans le Montana, à 30 mph de moyenne, ça ne posait pas de problème, dans une Angleterre monotone, à 80 mph, c´est suicidaire ! Deux « points noirs » dans le logiciel sont l´impossibilité de consulter facilement « en ligne » la liste des gares et des embranchements à venir et surtout l´absence de pancarte ou écriteau sur les bâtiments ferroviaires pour indiquer où on se trouve. Les bâtiments sont banalisés et totalement anonymes. Du coup, on se perd et on vient percuter le bout de la ligne sans s´y attendre !
Une surprise a été la position de conduite à droite dans la Flying Scotsman. Je ne sais pas comment était le modèle original mais, avec une circulation à gauche sur les voies ferrées de Sa Gracieuse Majesté, voir les sémaphores (ou les animaux errant) à temps dans une courbe à gauche relève de l´utopie !
Il n´en reste pas moins le plaisir d´assurer un service omnibus efficace et de s´arrêter pile en bout de quai, ce qui relève presque de l´exploit avec ces vieux freins Westinghouse à dépression !

Éditeur de route

En vue de reproduire mon propre réseau miniature, j´ai cherché à utiliser les possibilités de personnalisation du logiciel.
L´outil fourni est celui utilisé par les équipes du sous-traitant de Microsoft chargés du paramétrage des scénarios. D´entrée de jeu il est précisé qu´aucun support ne pourra être fourni par Microsoft sur ce « sous-logiciel » et qu´il faudra se contenter d´une aide en ligne sommaire et de fichiers Word présents sur le CD-ROM.
Il se décline en 4 fonctionnalités :
Éditeur géographique (« Extracteur de géométrique » !)
S.I.G. (système d´information géographique) particulièrement sympathique, il permet de zoomer sur le globe terrestre et de sélectionner les parcelles de 2 x 2 km où va se placer votre réseau personnel. Pour aider à reproduire une portion de voie existante, le S.I.G. affiche le réseau ferroviaire actuel (mondial !). Une fois les parcelles choisies, cette fonction génère toute l´arborescence de répertoires et de fichiers de votre (futur) réseau.
À titre d´exemple, j´ai voulu prendre les parcelles permettant de rejoindre Clermont-Ferrand et Montluçon par les deux lignes qui passent respectivement par Volvic (viaduc des Fades) et par Gannat : ce choix m´a « coûté » 144 Mo (en gros 500 Ko par parcelle)  !
Pose des voies (« Éditeur d´itinéraires » )
Après avoir re-re-installé M.S.T.S. (et sans aucun scénario), j´ai enfin eu à disposition un panel d´appareils de voie convenables pour tester les possibilités de création d´un réseau. J´ai cherché à modéliser l´entrée sud de la gare de la Part-Dieu : quelle galère !!! Les TJD à 5° sont en fait à 5,1° (bonjour les raccordements !). Il n´y a pas de tolérance possible lors du racordement des voies (sinon déraillements garantis). Pas de vue « en plan » (seulement une vue aérienne devenant floue dès qu´on dépasse 500 m de vision des voies). Trois pages de documentation (fichier Word) en anglais pour expliquer comment raccorder les aiguillages et réaliser un « passage supérieur ».
Et je ne parle pas des décors japonais limités à leur plus simple expression (P.N., caténaires, poteaux télégraphiques, signal de bloc). Heureusement une grosse communauté d´utilisateurs s´est déjà développée depuis la sortie de la version anglo-saxonne en juillet et on trouve sur la « toile » des utilitaires pour « repiquer » des bâtiments des scénarios fournis avec le jeu.
Mais il n´en reste pas moins que la pratique de cet outil non documenté est plus que fastidieuse et on se prend à rêver d´interfaces avec Raily 3.0 !
Un gros problème serait l´apparente impossibilité de relier des modules développés par plusieurs personnes. Je n´ai pas encore confirmation de ce point mais la structure des fichiers me semble l´interdire.
Paramétrage des scénarios (« Éditeur de modes » )
Une fois défini votre plan de voies, le décor et le relief, il vous faudra concevoir des plans d´exploitation. Je ne suis pas rentré en détail dans ce chapitre tant les paramètres sont nombreux et complexes, me contentant de créer un scénario « Exploration libre ».
Éditeur de cabines
J´ai seulement survolé cette fonctionnalité mais il me semble la plus « abordable » si on possède trois bonnes photos de l´intérieur d´une cabine de conduite (avant, 3/4 droit, 3/4 gauche), un scanner et un bon outil de dessin (Photoshop par exemple).

Les défauts mineurs

Même si les arguments avancés par Microsoft sont honnêtes, cette simulation se déroule dans un univers vide de toute présence humaine ! Alors que l´essence même du train est de transporter des voyageurs et des marchandises, on n´en voit aucune ! C´est bien dommage.
C´est vrai que l´absence de roulis en marche est assez surprenante d´autant qu´elle ne serait pas difficile à réaliser techniquement mais Microsoft a peut-être eu peur que ses clients souffrent du mal de mer ;¬) !
Je n´ai pas vu le moindre véhicule routier aux abords d´un P.N. (pourtant il en existe, stationnés le long des installations industrielles) !
Seule une pratique courante de l´anglais permet d´accéder aux indispensables forums web nécessaires pour comprendre l´utilisation de l´Éditeur de route. Il est réellement souhaitable que Microsoft produise une version mieux documentée de cet outil, au demeurant puissant et efficace mais totalement hermétique sans formation préalable.
J´ai regretté l´absence d´un «  éditeur de loco » (ou de wagon).
On ne peut atteler un wagon à l´arrêt même lorsqu´on est tampon contre tampon. On peut par contre dételer un wagon en marche (y compris le tender !!!).

En conclusion

J´ai effectivement pu vivre des sensations fortes aux commandes des machines fournies. C´est le but annoncé par le logiciel.
Les paysages du Montana, du fait des basses vitesses des convois, ont été superbement détaillés. Seuls les abords de gares en Angleterre le sont car la présence de détails sur la ligne nuirait considérablement à la fluidité du jeu à grande vitesse.
Si vous avez toujours rêvé de voyager en cabine et/ou de conduire un train, ce logiciel est fait pour vous.
Si, en tant que modéliste, vous souhaitez plutôt concevoir de nouvelles lignes (histoire d´avoir une vision préalable d´un réseau miniature avant sa construction), je conseillerais plutôt d´attendre une prochaine version de l´Editeur de route qui, je l´espère, verra prochainement le jour.

Guillaume ROSQUIN

Attelage Briefing Manoeuvres
Opération d´attelage Briefing Manoeuvres dans le brouillard
Pont Sortie Tunnel
Pont sous la neige Sortie de tunnel Dans le tunnel
Une Vapeur À suivre !
Une belle contre-courbe Vapeur autrichienne